mardi 29 janvier 2013

54. vu dans l'eau : tentative d'assèchement de la flaque


Car l’immédiat est loin d’être ce qu’il y a de plus facile à apercevoir.
Bergson


eN   vOiE    d'AsS ècheMeNt
                                                                               (où l'on s'interroge sur la suite -et donc sur ce qui a précédé)


au soleil insolent
qui la lèche-
sue à seaux ciel et eau
ciel ! hé ! ho
ça suffit bon sang !

et s'assèche

Non que tout sur elle ait été dit, avec la flaque on n'en aura jamais fini, la flaque et le restant. 

Pourtant, il faut l'admettre : elle s'assèche.
Une surprise ? Pas vraiment. Tentative d'assèchement de la flaque, le sous-titre annonçait la couleur.


 


Sachant que l'assèchement d'une manière ou d'une autre adviendrait, quid de la Tentative promise. Clin d'œil sans conséquence ? Réel projet d'un assèchement vivant et que ça bouge ? La flaque, la sentir passer ?

[Dès le premier billet une flaque en mouvement.]





 
La flaque s'assèche ou bien c'est la langue ? Une bouche et une grammaire pâteuses. La langue en panne de mots ? Peu probable. Et même, carrément improbable. Manquerait plutôt de salive. Manquerait d'eau, manquerait d'huile. Le mouvement carbure au liant, et les mots, la flaque aussi pour apparaître dans toute sa vérité, la flaque et le restant.




Parfois la tentative sonne comme un aveu. Échec annoncé. Vu dans l'eau, le sous-titre, joue avec Vu d'en haut, locution familière. Jeu de son pour camoufler l'impuissance, jeu de sens et faire oublier la résignation. Pas moyen de mater autrement la flaque ne sera jamais vue que d'en haut. Limites et condescendance du regard extérieur. À Vu dans l'eau, à Vu d'en haut, on pourrait ajouter Vu dans mots, tant la flaque ici ne serait que ce que le langage veut bien nous en dire et rien d'autre, rien de plus.



La matière est prévisible. Du moins dans certaines conditions. Flaque et langue ainsi réduites à des réservoirs dans lesquels puiser ne peuvent que s'assécher. Force de l'habitude, une cause produit nécessairement les mêmes effets : le soleil pompe l'eau, le sujet avale les mots. 
Mais voilà. Flaque et langage, soleil et sujet ne sont isolés ici que pour notre confort. Clos par facilité. Étanches par commodité.  
Cette flaque-ci dans cette langue-là ? L'interruption d'un cours sans fin, l'arrêt pour de faux d'un flux d'un reflux ininterrompus. Rien n'est en réalité séparé, ni la flaque ni le reste, ni la flaque du restant.



 
Une bouche et une grammaire pâteuses. La langue ne tournerait plus sept fois ni une seule. Tout s'enraye. Mouvement décomposé. Mouvement néant. Temps figé. Univers raidi. Fabrique de choses. Des choses fixes. Circonscrites. Des choses définitives. Un monde amidonné.
                                                                      
                                              silence 
                                                                                 on ne tourne plus

 

Flaque, langue et sécheresse. Comme une balise dans le désert, cette langue-là ne dit rien du sable, elle en fait des châteaux et ce signe, c'est par là. Rassurer, calmer l'angoisse dont on est pétri -soi. La langue ne met pas hors de soi. Convenue, la langue tient à distance de la flaque, de la flaque et du restant. Dire la flaque sans se mouiller.





 [La Flaque, Tentative... Un lecteur ami en donne sa vision :
  
...s'épuise à épuiser la flaque à l'épuisette. ]





Penser est un exil. Le concret déserté, les mots sont trop grossiers pour décrire et l'Intime, et la Flaque idéale, la Flaque et le Restant. Rêve naïf d'un langage pur. Désincarné. Sous le substantif traquer la substance

Être soi-même langage. Être temps. En sortir ? Comment et pourquoi. Aller où, devenir quoi. S'en sortir ? Impossible. Et c'est bien comme ça.

Retour au tangible, au mouvant, eau vase et ciel et son pied dedans.
La flaque et l'inexprimable ont pour seul lieu (la flache et) l'exprimé. 



Du prévisible au surprenant. D'assèchement ou de quoi que ce soit, une tentative est une tentative, pas un aveu d'échec. Impuissance et échec par rapport à quoi ? À quel modèle inexistant ? D’où viendrait cette idée d'un modèle introuvable ?
Pas d'autre monde que celui dans lequel cette phrase s'écrit, pas d'autre langage que celui par lequel elle s'écrit.

Pas un mot ne manque pour décrire la flaque, la flaque et le restant. 
 
Alors ? Sans regard innocent elle fixe, elle sépare. Réduit le temps à des images mises bout à bout. Du mouvant fait des choses figées. Sans regard innocent, la langue adhère, les mots collent à l'image.

Décoller. Libérés, les mêmes mots sont neufs. Et le regard émerveillé.
L'image oubliée*, les mêmes mots réinventent la flaque. Le banal à nouveau surprend.

*L'oubli c'est le regard sur la forêt sans la poutre dans l'œil.
Bin


Ne pas voir la flaque dans la flaque. Dans la flaque ne pas voir autre chose que la flaque. 
La flaque n'est pas la flaque, c'est pourquoi on l'appelle la flaque.

Nostalgie du chaos perdu. Se mouiller dans ce méli-mélo, mouvement qui mouille sans se mouvoir et la coïncidence de deux chaos, le sien propre, celui de la flaque.


Soi : rideau de fumée entre l'extérieur. Sortir de soi par le bout de la langue. Par le fond de la langue, descendre en soi vers l'extérieur. Descendre en deçà de soi -image et mots collés
 
Dans la boue primordiale, boue de toujours, la flaque est là, la flaque et le restant. Mettre en mots le chaos.

Renouer avec la langue, liant et fluidité, cette langue retrouvée qui met hors de soi.  

En retrouvant les mots, mots simples, mots concrets, retrouver la flaque, la flaque et le restant


          Se retrouver enfant. L'enfant qui patauge dedans. 
                                                                Retrouver le cochon qui sommeille et s'y vautre.



 la langue amoureusement
l'effleure- elle ça ne fait pas un pli
d'eau et de ciel s'emplit
ciel ! hé ! ho
encore ! c'en est trop !

débordements 


À suiVre...


2 commentaires:

  1. Ce que je comprends, c'est qu'une flaque ne s'assèche pas, elle se transforme.

    Comme la langue, comme le temps, l'espace, soi, tout et le reste.

    Rien ne s'assèche, rien ne se mouille, tout se transforme.

    Je souhaite une longue transformation à ce blog ! Car c'est toujours un plaisir que d'y tremper les pieds.

    RépondreSupprimer
  2. Oui, Cédric. Vous mettez dans le mille, comme toujours : le changement c'est tout le temps -dans les deux sens de l'expression ; sans cesse, et la totalité d'un temps indivisible.

    RépondreSupprimer